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Jackie

  • EYSINES
  • 28-11-2019
  • 20:30
  • Payant (voir descriptif)
Jackie (Cliquez pour agrandir)

Confessions troublantes d’une icône, Jackie.
Jackie Kennedy dans son inoubliable tailleur rose est là, devant vous, seule sur scène. Elle vous prend à partie dans un simulacre de conférence sur sa propre vie. Elle vous livre les dessous du pouvoir, en décrivant la façon dont elle a su mettre en image son existence, celle de son mari.

Elle vous raconte ainsi son envers du décor, vous rappelle les plus grands moments de sa vie et vous délivre, mi-metteuse en scène, mi-maîtresse de maison, ses secrets pour rendre un évènement inoubliable. Emilie Le Borgne a mis en scène et interprète Jackie d’Elfriede Jelinek (prix Nobel de littérature en 2004).

Sur scène, deux écrans blancs sur lesquels sont projetées des vidéos d’archives, confrontant de façon quasi constante le personnage incarné aux images. C’est une femme au miroir que nous avons sous les yeux. Par ce jeu de dédoublement, le spectacle propose une expérience scénique assimilable à nos propres comportements contemporains : les individus n’ayant de fait jamais autant disposé d’outils favorisant le développement de leur propre image.

Jackie nous interpelle sur le fait que nous passons plus de temps à retransmettre notre vie qu’à la vivre pour elle-même.


Avec l’aide à la diffusion de l’ OARA

Tout public

TARIFS PLEIN 14€ / RÉDUIT 11€
ENFANT 7€/ CARTE CULTURE 6€


Pièce d’Elfriede Jelinek issue du recueil Drames de Princesses­ – La Jeune Fille et la Mort, Jackie donne à voir, en un saisissant solo, les mots qu’auraient pu être ceux d’une des plus grandes icônes des années 60 américaines. Ce faisant, Jelinek retourne l’image de papier glacé que nous connaissons tous et met à mal le rêve américain véhiculé par la figure de Jackie Kennedy. À travers un monologue tendu qui vire à la danse macabre, nous sommes invités à nous interroger sur ce qui fait notre fascination pour une icône.
Cette pièce m’a tout de suite frappée en ce qu’elle traite d’une des figures situées à la naissance de notre société de l’image. De fait, la dramaturgie dont témoignent les clichés laissés par le clan Kennedy marquait une nouvelle ère, celle de la communication politique – elle marquait aussi l’avènement du lien entre politique et médias. À ce titre, nous sommes les petits enfants de cette génération qui s’est passionnée pour la séduisante et parfaite image d’un président qui mourut tra­gi­quement mais aussi médiatiquement, puisque les événements voulurent que ce soit sous l’œil des caméras, et à l’occasion d’un défilé mûrement mis en scène, que son assassinat eût lieu.

Créer cette pièce me donne l’opportunité de poursuivre et de décliner le questionnement du lien entre fiction et réel, particulièrement mis à l’épreuve aujourd’hui, en abordant l’une de ces toutes premières manifestations. La Jackie de Jelinek, montrée ici comme femme-objet, refrénant son humanité pour mieux rester immortelle aux yeux du monde, nous parle de nous-mêmes et nous met en garde contre notre capacité à nous oublier dans la représentation que nous cherchons à donner de nous. Trop occupés à (dé)montrer, nous devenons nous-mêmes images, et nous désincarnons pour mieux nous raconter aux autres. Quelle place laissons-nous alors au réel ? Celui-ci continue-t-il d’exister lorsque nous passons plus de temps à retransmettre notre vie qu’à la vivre pour elle-même ?

Représentant pour moi un prolongement direct de la réflexion entamée sur le mythe américain avec Alunir­, Jackie aborde plus spécifiquement la question de la représentation du pouvoir. Et nous met non seulement face à notre besoin de nous représenter nous-mêmes, mais également face à notre désir d’icône. C’est ainsi également une nouvelle manière de traiter la question de notre actuel statut de spectateur – nous n’avons, à mon sens, jamais été aussi friands de fiction. Ce mensonge des images officielles, que Jelinek dénonce dans la pièce, n’en sommes-nous pas, en tant que spectateurs en demande, les premiers responsables ?

De fait, une chose demeure en suspens au terme de la pièce : ne serait-ce pas parce qu’elle nous ment qu’une icône nous fascine ? Devons-nous continuer d’élaborer nos rêves à partir d’un réel recomposé ? Jackie, elle, s’amuse de nous et ne se lasse pas de nous vendre ses chimères.

Lieu

Théâtre Jean Vilar - 33320 EYSINES

Informations

  • Lieu : Théâtre Jean Vilar


Catégorie : Théâtre